L’évolution des métiers induite par le numérique

La numérisation de l’économie a été une révolution à grande vitesse.  En effet, à titre d’exemple pour atteindre 50 millions d’utilisateurs dans le monde, la radio aura mis 38 ans et la télé 13, or il n’aura fallu que 3 ans pour l’Internet à domicile, 1 an pour Facebook et 9 mois pour Twitter. Désormais, le numérique est de nos jours bien implanté dans notre sphère privée, mais il est aussi en train de modifier très profondément le monde du travail, et pas seulement en permettant à des acteurs comme Uber ou Airbnb de concurrencer des employeurs classiques que sont les sociétés de taxis et les hôtels. Dans cet article, nous allons essayer de lister les impacts majeurs sur le travail, puis nous détaillerons plus particulièrement l’avenir du travail et la fonction managériale dans un contexte numérique.

La presse et littérature ont identifié six impacts majeurs :

–          Le premier concerne les outils de diffusion tels que les smartphones et tablettes de plus en plus utilisés dans le cadre professionnel. Ces nouveaux outils, qui se généralisent dans les entreprises, se substituent à d’autres outils traditionnels comme la messagerie vocale. Ainsi, ces nouveaux outils améliorent l’efficacité du travail, à condition que ceci n’entraîne pas une surcharge de travail comme par exemple un salarié qui reçoit dans sa boite mail plus de 250 e mails à traiter dans la journée.

–          Le deuxième impact porte sur les métiers et compétences, en effet tous les métiers sont touchés par le numérique. Par exemple, l’artisan ébéniste qui pour vendre ses produits doit avoir son site internet et être bien référencé sur Google. Notons ici, que le passage au numérique peut être pour cet artisan une difficulté faute de compétences informatiques, et par conséquent de réduire ses ventes. On peut aussi rattacher ici, la prédominance de l’anglais dans le monde numérique. En effet, l’anglais est devenu par défaut la langue communication. Ce qui entraîne dans un contexte d’entreprise internationale une difficulté supplémentaire pour des personnes qui ne maîtrise pas l’anglais et de ce fait avoir une grande influence sur la qualité de son travail et son évolution de carrière.

–          Le troisième impact nous plonge dans l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, car le salarié et notamment le cadre d’une entreprise est constamment connecté. De ce fait, il peut potentiellement être sollicité en permanence par sa société pour répondre à des diverses demandes de celle-ci. D’où, la diffusion d’ordinateurs portables, de téléphones portables aux salariés de l’entreprise, qui permet à l’entreprise de pouvoir faire intervenir son salarié à n’importe quel moment de la journée.

–          Le quatrième est produit par le bouleversement de l’organisation traditionnel du travail. On voit de plus en plus de travail à distance comme par la mise en place dans les entreprises de Télétravail. Les salariés ne sont plus localisés dans des espaces définis par équipe, mais mélangés comme dans des « open spaces ». Se noue alors d’autres relations entre les salariés, avec de nouvelles méthodes de travail plus collaboratives, plus participatives. Par ailleurs, l’organisation du travail se structure en mode projet c’est-à-dire que le projet assure un lien entre les salariés. Une fois le projet terminé, les liens se défont pour reformer d’autres liens avec de nouveaux salariés sur un nouveau projet.

–          Le cinquième s’applique au management, car avec l’arrivée du numérique on est passé du management de proximité, où le manager et son équipe sont physique proches donc plus propice à anticiper les problèmes, à un management à distance où la distance devient une difficulté lors de l’apparition de problème. Par conséquent, cela complique le lien de subordination entre le manager et son subalterne. A titre d’illustration, dans la société  Accenture, l’évolution de carrière et la notation des salariés sont réalisés par logiciel spécifique ; ce qui ne laisse plus la place à la relation humaine.

–          Enfin, le dernier impact est peut-être le plus important, car il pose la question de l’avenir du travail sous sa forme actuelle. En effet, en France le travail est intimement lié au code du travail qui définit toutes les règles de travail, comme par exemple le temps de travail par jour, les jours de travail… Or, dans un contexte de télétravail, il n’est pas rare que les personnes travaillent plus longtemps dans la journée et même le weekend. Et donc une intensification du travail qui peut générer un déséquilibre de la vie et affecter la santé de la personne. A titre d’exemple, dans une entreprise internationale, les salariés sont répartis sur tous les continents. D’où, un salarié peut être sur un projet à la fois en contact avec un chinois et un canadien, étant en décalage horaire avec ces 2 pays, il faudra trouver des moments adaptés pour l’organisation de réunions ou autres. Par conséquent, il ne sera pas surprenant de travailler en-dehors de l’horaire légal de travail pour résoudre une problématique du projet avec son collègue canadien.

Intéressons-nous maintenant plus particulièrement à l’avenir du travail. En effet, la transformation numérique a de forts effets sur trois aspects listés ci-dessous:

–          L’impact sur le contrat de travail (le lieu de travail, le temps de travail, et le contrat de travail) ;

–          Enfin, la fonction managériale enfin.

 

Le lieu de Travail :

Grâce à la diffusion d’outils numériques et de communication (internet, mobile, téléphonie …), les entreprises ont modifié leurs organisations géographiques. Par exemple, la banque Société Générale a décidé en 2012 de lancer un projet de community building sur le site de La Défense à PARIS, organisé de manière ergonomique afin de privilégier le collectif et le travail collaboratif (mode de travail où les membres d’une équipe coopèrent ensemble et non plus sous forme hiérarchique). D’autres entreprises comme Alcatel-Lucent ou Orange ont mis en place le télétravail qui désigne l’exercice d’une activité professionnelle à distance (domicile ou espaces partagés proches de son domicile). Mais, cette nouvelle manière de travailler peut aussi générer des difficultés :

–          L’isolement des télétravailleurs qui peut entraîner des problèmes pour décrire verbalement les soucis pour réaliser certaines tâches.

–          Le souci de ne plus se sentir appartenant à son entreprise, étant donné que le salarié est soit seul, soit au milieu d’autres salariés d’entreprises différentes.

 

Le temps de travail :

En entrant dans le numérique, la durée du travail a été modifiée. La cause est la connexion à distance, car il procure à tous les salariés la possibilité d’être connecté à tout instant avec leur entreprise. Et donc, apparaît la difficulté de mesurer le temps de travail. Les entreprises sont ainsi plus enclin à mettre un en place un contrat au forfait jours (nombre de jours travaillés dans l’année) plutôt qu’un contrat au forfait heure (8h/jour par exemple). Par ailleurs, il est à noter que cette nouvelle manière de travailler n’est pas sans conséquence sur la qualité de vie. En effet, dans un travail connecté la frontière entre vie privée et vie professionnelle devient très poreuse puisque que le salarié peut être tout le temps contacté. Par conséquent, il sera important pour le salarié de mettre en place des règles de conduite pour par exemple ne pas empiéter sur le temps de la famille (savoir se déconnecter).

Le contrat de travail :

Le travail est encore aujourd’hui largement synonyme de contrat de travail. Cependant, les nouvelles formes d’emplois ou de travail effectués à titre gratuit en dehors du bénévolat classique ont émergé. Cela entraîne une dépendance économique et non plus subordination juridique, d’où une discussion pour redéfinir le contrat de travail en remplaçant la notion de subordination juridique en une coopération.  En conséquence, il n’y aura plus de lien hiérarchique entre le salarié et l’employeur, mais seulement une relation de coopération entre les deux parties.


La fonction managériale :

La transformation numérique a aussi beaucoup impacté le mode de management. Auparavant, le manager était dédié à gérer une équipe de personnes en mode hiérarchique et connaissait parfaitement les tâches de ces derniers, alors qu’actuellement l’organisation se fait en mode projet. Or, dans cette nouvelle configuration le chef de projet n’est plus le manager. Par conséquent, le manager ne peut plus contrôler les directives à exécuter et vérifier leur bonne exécution. D’ailleurs, cela se complique si le salarié travaille sur plusieurs projets en même temps.

Pour conclure, on peut s’interroger dans ce nouveau contexte sur l’avenir du travail. Deux possibilités parmi d’autres peuvent être envisageables. La première serait d’assurer la régulation de l’usage des données numériques en régulant les outils de communication numériques. Cela permettra de maintenir le modèle de travail classique avec des adaptations au contrat de travail. Le deuxième pourrait être la généralisation du modèle freelance où le travailleur indépendant propose ses services à des clients. Mais dans ce cas, le modèle classique avec une entreprise protectrice disparaîtrait. Enfin, tout cela ne sera pas sans conséquence sur le modèle social qui garantit les protections aux travailleurs (assurance maladie, prestations familiales, assurance vieillesse,…)

Sources:
http://zevillage.net/wp-content/uploads/2015/09/rapport-Mettling.pdf

http://www.generationlibre.eu/wp-content/uploads/2017/01/Note_Redefinir-le-contrat-de-travail.pdf

 

Article rédigé par Laura Marcade dans le cadre de la spécialité ISN