Aujourd’hui, la biologie et la technique sont de plus en plus étroitement liées, ce phénomène représente un des enjeux majeurs de notre siècle.

Avec l’avancée technologique, la “e-médecine” / “e-santé” connaît des avancées spectaculaires compte tenu des progrès réalisés dans les domaine des prothèses, des neuroprothèses, des implants, des greffes et des cellules souches par exemple. Les chercheurs travaillent sans cesse à une réparation du corps humain assisté par des outils numériques et électroniques. Saura-t-on cependant poser des limites à ce nouvel assistant hors pair? Un jour certainement, nous serons en mesure de nous transformer en “hommes-machines”. Mais est-ce éthiquement correct? Saurons-nous dire stop quand cela va trop loin, saurons-nous nous forger une définition de l’Homme pour nous y tenir et protéger notre nature?

 

Réparation des capacités du corps, quelle limite?

 

Le corps humain est fragile, lorsqu’un accident ou une maladie survient, c’est bien lui qui en fait les frais. Cependant, notre force réside dans la pensée et nos abilités à créer des objets pour nous seconder nous sont très utiles. C’est pourquoi nous inventons des moyens de palier les handicaps, et ce grâce à la technique.

à ce moment là, nous pouvons rapidement considérer que la technologie n’est qu’un simple outil pour nous aider à mieux guérir ou à récupérer des fonctionnalités perdues. C’est dans ce sens que les prothèses accomplissent leur rôle, elles remplacent un membre et permettent au patient de retrouver un usage plus ou moins proche de celui de l’original.

Les neuroprothèses vont encore plus loin, elles proposent de recouvrer une sensibilité grâce à des capteurs. Le défi lancé était celui de faire parvenir les signaux des nerfs dans le système nerveux du patient. Des chercheurs ont introduit des électrodes à une personne qui avait été amputée d’un avant-bras et avec succès, le patient a réussi à distinguer au toucher les matériaux et la taille des objets. Le progrès est tout simplement incroyable.

Or jusqu’où pourrait-on aller dans ce processus? S’il est désormais possible de remplacer des membres perdus et même d’impliquer le cerveau en le connectant électroniquement, devons-nous aller plus loin et tenter de soigner toutes les “défficiences” humaines par le biais d’outils électroniques?

D’après Armin Grünwald, philosophe, physicien et directeur de l’institut d’analyse des conséquences de la technologie sur la société à Karlsruhe, il n’y aurait pas de contre-indication éthique à l’avancée de la technologie dans la mesure ou il ne s’agit que d’aide au patient ou d’aide au développement intellectuel. En revanche, des puces interconnectées à un réseau constitueraient un danger pour la protection de nos informations personnelles. De plus, le fait que quelqu’un puisse constamment avoir la main sur nos données heurte notre liberté et conduirait à une société encore plus contrôlée.

La technologie est donc acceptée lorsqu’elle s’efforce de fournir une réparation pure et simple, par seul souci d’aider l’Homme.

Tant d’arguments pour dire oui aux NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et Sciences cognitives) tout en prenant garde devant leur évolution ultra-rapide à laquelle l’opinion publique n’est souvent pas préparée.

 

Augmentation de ses capacités?

Nos capacités sont faillibles et fluctuent. Qui n’a jamais rêvé de ne plus sentir la fatigue, d’avoir une plus grande mémoire, d’être constamment de bonne humeur? Tout ça est bientôt possible grâce aux nanotechnologies. Une simple carte SD de plus intégré à l’organe maître de notre corps et nous voilà plus heureux, plus intelligents…

 

Rien ne vous perturbe dans ces idées? Imaginez un homme dont la vision fait défaut, il lui suffirait d’aller en magasin et d’acheter des yeux ultra-performants, qui pourraient zoomer et même voir dans l’obscurité grâce à des infrarouges. Il aurait alors un pouvoir de plus, ce serait un homme +.   

Or si ce genre de produits s’achetaient, nous pourrions les comparer à des iPhones ou à des Samsungs par exemple, tout comme le fait Fabrice Hadjaj lors d’une de ses conférences. La technologie elle, ne s’arrête jamais. Les yeux de monsieur seraient alors vite obsolètes et une nouvelle paire serait disponible, tout comme le prochain iPhone qui dépassent ces anciens. Un homme + devient un produit, un produit d’exception certes mais rapidement désuet. L’aspect de l’argent est aussi à prendre en compte, se transformer en homme + serait terriblement coûteux et creuserait des différences entre individus. Mais bien plus grave que ça, devenir surhomme revient à tuer sa nature d’homme.

 

C’est pour cette raison que la frontière entre réparation et augmentation du corps est très mince et qu’elle implique toute une question éthique fondamentale derrière nos futurs bras de fer…

Heureusement nous n’en sommes pas encore à ce niveau et avant l’augmentation, le vrai sujet en 2017 c’est la réparation encore apprentie en la matière.

Article rédigé par Suvanto Eeva dans le cadre de la spécialité ISN.